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Le Jamboree et le Fonds du réexode : une promesse échouée de réintégration des migrants de retour
Par Victor Aihawu, Directeur, Platform for Cooperation on Mixed Migration (PCMM)
Depuis des années, le Fonds d’aide à la réintégration des migrants de retour est présenté comme un filet de sécurité essentiel pour ceux qui retournent dans leur pays d’origine. Il est conçu pour aider les migrants de retour à reconstruire leur vie, à créer des entreprises, à poursuivre leurs études et à se réintégrer dans leurs communautés. Cependant, la réalité sur le terrain est souvent bien différente, laissant de nombreux migrants de retour désillusionnés et sans soutien. Au lieu de favoriser un retour durable, le fonds n’a souvent pas atteint les objectifs qui lui étaient assignés, certains bénéficiaires utilisant les fonds pour réémigrer, tandis que d’autres les gèrent mal en raison d’un accompagnement insuffisant.
Une promesse mal gérée : des opportunités gaspillées et des rêves brisés
L’un des problèmes les plus criants du Fonds d’aide à la réintégration réside dans l’absence d’un contrôle adéquat et d’une gestion professionnelle. De nombreux migrants de retour, contraints de relever seuls des défis complexes liés à leur réintégration, finissent par utiliser à mauvais escient les fonds qu’ils reçoivent. Sans une compréhension claire de la manière d’allouer efficacement les ressources ou de développer des sources de revenus durables, ils se retrouvent souvent confrontés à des difficultés financières peu après avoir reçu les fonds.
Cette situation a contribué à créer un cycle de « réexode », dans lequel des migrants de retour, incapables de subvenir durablement à leurs besoins dans leur pays d’origine, sont poussés à réémigrer à la recherche de meilleures opportunités.
Les véritables causes de l’échec : inexpérience et absence de soutien durable
L’échec du fonds ne s’explique pas uniquement par la mauvaise gestion des bénéficiaires, mais également par le manque de compétence de ceux qui supervisent les programmes. De nombreux responsables des programmes destinés aux migrants de retour ne disposent ni de l’expérience requise ni des compétences spécialisées nécessaires pour gérer des initiatives de réintégration durables.
Le fait d’évoluer depuis plusieurs années dans ce secteur ne signifie pas nécessairement que l’on possède une véritable expertise. Une réintégration efficace exige une connaissance approfondie des meilleures pratiques en matière de développement, un accompagnement personnalisé et un engagement en faveur de résultats à long terme.
Une réintégration professionnelle devrait comprendre un système global de soutien adapté aux besoins individuels des migrants de retour. Cela implique de répondre aux besoins immédiats tels que le logement, les soins de santé et l’accompagnement psychologique lié aux traumatismes, tout en offrant une formation professionnelle, un accès à des programmes d’éducation financière, un mentorat entrepreneurial et un accompagnement à long terme.
La réintégration durable ne devrait pas se limiter à une aide financière à court terme. Elle devrait également permettre de renforcer les capacités, de développer la résilience et de favoriser l’acceptation des migrants de retour par les communautés locales.
Tirer les leçons des meilleures pratiques : une approche globale de la réintégration
Les programmes de réintégration réussis dans d’autres régions du monde offrent des enseignements précieux susceptibles de contribuer à la refonte du Fonds d’aide à la réintégration. Les meilleures pratiques montrent qu’une réintégration efficace nécessite une approche multidimensionnelle qui prenne en compte non seulement les besoins économiques, mais aussi les facteurs sociaux et psychologiques.
Parmi les principaux éléments figurent :
1. Des plans de réintégration individualisés :
Adapter l’accompagnement aux besoins, aux compétences et aux aspirations propres à chaque migrant de retour est essentiel. Cela suppose de procéder à des évaluations approfondies afin de comprendre son parcours, ses difficultés et ses objectifs avant de débloquer les fonds.
2. Une formation à la gestion financière :
Les migrants de retour devraient bénéficier d’une formation financière de base afin de comprendre comment gérer leurs ressources, réaliser des investissements judicieux et développer une culture de l’épargne. Leur apprendre à établir un budget, à gérer leurs dettes et à épargner pourrait contribuer à éviter le gaspillage des fonds.
3. Un mentorat entrepreneurial et un développement des compétences :
Un accompagnement entrepreneurial continu peut considérablement améliorer les chances de réussite des migrants de retour qui souhaitent créer une entreprise. Les programmes proposant une formation pratique, un mentorat et un coaching en développement d’entreprise, associés à un accès à des microcrédits, peuvent aider les bénéficiaires à créer des moyens de subsistance durables.
4. Un suivi et un accompagnement à long terme :
La réintégration est un processus et non une intervention ponctuelle. Un suivi et un accompagnement continus sont indispensables pour permettre aux migrants de retour de surmonter les difficultés, de s’adapter aux changements de situation et de progresser vers la stabilité. Le suivi devrait porter à la fois sur le développement personnel et sur la viabilité des activités financées.
5. La participation et l’acceptation de la communauté :
Une réintégration efficace ne concerne pas uniquement l’individu : elle implique également la communauté. Des efforts devraient être déployés pour sensibiliser les communautés locales et les associer au processus afin qu’elles soutiennent les migrants de retour. Il s’agit notamment d’informer les membres de la communauté sur les avantages de la réintégration et de favoriser un sentiment de responsabilité collective quant à la réussite des bénéficiaires.
6. Des partenariats solides avec les acteurs locaux :
La collaboration avec les collectivités locales, les ONG, les centres de formation professionnelle et les entreprises peut offrir aux migrants de retour un réseau de soutien plus large. Elle peut également faciliter leur accès aux possibilités d’emploi, aux formations professionnelles et aux ressources locales indispensables à une réintégration durable.
Combler le fossé : vers des politiques de réintégration efficaces
Le fossé entre les promesses politiques et les réalités du terrain a porté atteinte à la crédibilité du Fonds d’aide à la réintégration. Les migrants de retour ont souvent le sentiment d’avoir été trahis par une initiative qui devait leur offrir un nouveau départ, mais qui s’est finalement transformée en un cycle d’attentes déçues.
Pour aller de l’avant, il est nécessaire de renouveler l’attention portée à la conception de programmes privilégiant des solutions centrées sur l’être humain, le développement durable et une véritable expertise.
Les décideurs politiques et les responsables de programmes devraient investir dans la formation des agents chargés de la réintégration, améliorer les modules d’éducation financière destinés aux migrants de retour et mettre en place des systèmes de suivi plus solides permettant d’évaluer les résultats.
La réintégration doit être considérée comme un engagement à long terme plutôt que comme une solution rapide. L’accent doit être mis sur le développement des compétences, la création de véritables possibilités d’emploi et le soutien à l’épanouissement personnel.
Conclusion : des promesses non tenues à de nouveaux départs
Le Fonds d’aide à la réintégration a été conçu pour offrir de l’espoir et une chance de prendre un nouveau départ, mais sa mise en œuvre actuelle n’a pas été à la hauteur de cette promesse.
Sans une évolution vers des pratiques de réintégration durables, le fonds continuera de représenter une promesse non tenue, poussant les migrants de retour vers l’incertitude d’une nouvelle migration.
Il est temps de repenser, de restructurer et de réorienter les efforts vers une approche globale et durable capable de produire de véritables changements et de tenir la promesse d’un nouveau départ pour les migrants de retour.