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Réintégration ou façade ? Les migrants nigérians de retour remettent en question la promesse d’un nouveau départ
Au Forum social mondial de Cotonou, des migrants nigérians de retour ont remis en question la promesse de réintégration, estimant que ramener des personnes dans leur pays sans s’attaquer aux traumatismes, à la pauvreté, à la stigmatisation et aux raisons qui les avaient poussées à partir ne revient pas à les aider à reconstruire leur vie.
Pour de nombreux programmes de migration, le récit semble simple : un migrant part, rencontre des difficultés, rentre chez lui et reçoit un soutien pour recommencer.
Mais pour les migrants nigérians de retour qui se sont réunis au Forum social mondial à Cotonou en 2026, la réalité est bien plus complexe.
Derrière le langage du retour volontaire assisté et de la réintégration se cachent des histoires de détention, de coercition, de traumatismes, de stigmatisation, de formations inadéquates, d’entreprises ayant échoué et une question douloureuse qui a résonné tout au long de la discussion :
Réintégration dans quoi ?
Les participants ne se sont pas exprimés comme des statistiques ou des bénéficiaires de programmes migratoires. Ils ont parlé en tant que personnes ayant vécu le système migratoire et étant revenues affronter bon nombre des mêmes conditions sociales et économiques qui les avaient poussées à partir.
Leur argument central était sans détour : le retour physique n’est pas la réintégration.
Et lorsque des programmes présentent des aides, des formations ou un soutien financier comme la preuve d’une réintégration réussie alors que des problèmes plus profonds restent sans solution, les participants ont décrit le processus comme une « façade de réintégration ».
« On m’a simplement laissé repartir »
Pour Udo, l’échec a commencé presque immédiatement après son retour au Nigeria.
Il a expliqué être revenu dans un état psychologique profondément perturbé après avoir été détenu dans ce qu’il a décrit comme un centre de détention tristement célèbre. Selon lui, il avait besoin de soins médicaux, d’un accompagnement psychologique et de temps pour se rétablir.
Au lieu de cela, il a été hébergé pendant une seule nuit.
Le lendemain matin, il a été laissé repartir.
Deux mois plus tard, il a été rappelé pour suivre une formation en entrepreneuriat et a reçu une petite somme d’argent pour créer une entreprise dans un domaine qu’il ne connaissait pas auparavant. Il a également été associé à des personnes qu’il ne connaissait pas comme partenaires commerciaux.
Pour Udo, cet arrangement était presque voué à l’échec.
Cette expérience, a-t-il déclaré, a détruit une grande partie de la confiance qu’il lui restait dans le processus de réintégration.
Son histoire met en lumière l’une des principales faiblesses soulevées lors du Forum : le soutien ne peut être véritablement utile s’il est déconnecté de l’état réel de la personne, de ses compétences, de ses intérêts et de ses circonstances.
Un migrant qui sort tout juste de détention et d’un traumatisme peut avoir besoin d’un accompagnement psychologique avant de se lancer dans l’entrepreneuriat. Une personne sans expérience commerciale peut avoir besoin d’une formation et d’un mentorat durables plutôt que d’une petite subvention de démarrage. Et quelqu’un dont les raisons initiales de migrer restent inchangées peut avoir peu de raisons de croire que le retour au pays a résolu quoi que ce soit.
« Le facteur qui avait poussé à ma migration était toujours présent et n’avait toujours pas été traité », laissait entendre le témoignage d’Ude.
Pour lui, c’était la contradiction fondamentale.
Il était revenu.
Mais il n’avait pas été reconstruit.
Quand le « volontaire » ne semble pas volontaire
Pour plusieurs participants, le problème commence même avant la réintégration, avec le mot « volontaire ».
Rhoda s’est demandé si un retour pouvait véritablement être qualifié de volontaire lorsqu’un migrant est détenu et que rentrer dans son pays semble être la seule voie possible pour sortir de cette situation.
« Si quelqu’un est détenu et que la seule option qui s’offre à lui pour sortir de cette situation est de retourner dans son pays, peut-on vraiment dire que le retour est volontaire ? », a-t-elle demandé.
Awe a livré un témoignage encore plus personnel.
Il a décrit son retour de Libye comme tout sauf volontaire, affirmant avoir été confronté à des conditions dans lesquelles rester semblait revenir à mettre sa vie en danger.
Il se souvenait avoir été confronté à deux choix : retourner au Nigeria ou rester en Libye au milieu de la violence et de l’insécurité.
« J’ai dû retourner au Nigeria plutôt que de rester en Libye et y mourir », selon son témoignage.
Pour les participants, de telles expériences remettent en question le langage bien ordonné souvent utilisé pour décrire les programmes de retour.
Une décision prise dans un contexte de détention, de peur, de violence, d’insécurité ou d’absence d’alternatives réalistes peut être officiellement enregistrée comme un retour, mais les participants ont souligné que les circonstances entourant cette décision sont importantes.
Le consentement ne peut être compris indépendamment des conditions dans lesquelles il est donné.
Le programme économique ne définit pas la personne
Une autre critique majeure concernait la composante économique de la réintégration.
Les participants ont remis en question un modèle dans lequel les migrants de retour sont fréquemment orientés vers de petites entreprises et de courtes formations professionnelles, comme si l’entrepreneuriat constituait une solution universelle aux conséquences complexes de la migration.
Rhoda a posé la question simplement :
Pourquoi l’entrepreneuriat devrait-il être la réponse pour tout le monde ?
Certains migrants de retour souhaitent trouver un emploi. D’autres veulent reprendre leurs études. Certains souhaitent apprendre les nouvelles technologies, exercer une profession ou entreprendre une carrière complètement différente.
Le problème, a-t-elle expliqué, est ce qui se produit lorsque les programmes sont conçus pour les migrants de retour sans être conçus avec eux.
Olu a défendu le même point de vue sous un angle plus large.
Pour lui, la réintégration doit donner aux migrants les moyens d’agir plutôt que devenir un mécanisme destiné à décourager la migration.
Les personnes ayant une expérience directe de la migration, a-t-il soutenu, doivent participer à l’élaboration des politiques migratoires et de réintégration.
« Rien sur les migrants sans la voix des migrants », telle était l’idée qui sous-tendait son intervention.
Ido s’est montré particulièrement critique à l’égard de la composante de formation professionnelle des programmes de réintégration.
Il a fait valoir qu’une formation de quelques jours ou de quelques mois ne peut pas nécessairement produire des artisans ou des professionnels compétents capables de subvenir durablement à leurs besoins sur des marchés concurrentiels.
Il a cité des exemples de migrants de retour formés comme tailleurs, barbiers, coiffeurs et installateurs de systèmes d’énergie solaire en des périodes très courtes.
La question n’est pas de savoir si ces compétences sont utiles.
La question est de savoir si l’intervention offre suffisamment de temps, d’équipements, de mentorat, d’accès au marché et de suivi pour transformer ces compétences en moyens de subsistance durables.
Une machine à coudre, un kit de barbier ou une subvention pour créer une entreprise peuvent constituer des statistiques attrayantes pour un programme.
Mais la survie d’un migrant de retour ne peut être mesurée par le nombre d’articles contenus dans un kit de réintégration.
Le traumatisme qui n’apparaît pas dans le programme
L’une des préoccupations les plus persistantes exprimées à Cotonou concernait peut-être la dimension psychologique du retour.
Immaculate a soutenu que la réintégration devait prendre en compte la personne dans son ensemble.
Un migrant peut revenir avec des traumatismes liés à la détention, à la violence, à l’exploitation, à la déception et aux voyages dangereux. Ces expériences ne disparaissent pas à la frontière.
Pourtant, le soutien économique peut parfois dominer les programmes de réintégration tandis que l’accompagnement psychosocial reçoit moins d’attention.
Le résultat peut être une personne qui a techniquement reçu une « aide à la réintégration », mais qui reste émotionnellement et socialement incapable de reconstruire sa vie.
Immaculate a posé une série de questions qui vont au-delà de la simple livraison d’un programme d’aide :
L’entreprise est-elle durable ?
Le migrant de retour a-t-il accès à un accompagnement psychologique ?
Sa famille le soutient-elle ?
Existe-t-il des possibilités d’emploi ?
La communauté a-t-elle accepté la personne ?
Et que se passe-t-il lorsque l’aide initiale prend fin ?
Ces questions renvoient à une autre définition de la réintégration : une définition fondée non pas sur la distribution d’une aide, mais sur l’amélioration réelle des conditions de vie d’une personne.
Du survivant à la « success story »
Ife et Ewa ont soulevé une autre dimension inconfortable : la manière dont les récits des migrants de retour peuvent être utilisés par les institutions et les campagnes.
Ife a décrit des situations dans lesquelles des migrants sont invités à raconter leurs expériences traumatisantes, avant que ces récits ne deviennent des outils destinés à décourager d’autres personnes de migrer.
La souffrance du migrant devient un message de campagne.
La douleur du migrant devient une preuve.
Le survivant devient un avertissement.
Mais qu’advient-il de la personne derrière cette histoire ?
Ife a dénoncé la tendance à présenter les migrants principalement comme des victimes impuissantes, estimant que leurs compétences, leurs connaissances, leur résilience et leur capacité à provoquer des changements sont souvent négligées.
Les étiquettes peuvent être destructrices.
Les migrants de retour peuvent être décrits comme des victimes, des personnes avides, ingrates, exigeantes, indisciplinées ou insatiables, tandis que leurs capacités et leurs aspirations disparaissent derrière ces étiquettes.
Les participants ont appelé à un changement du récit centré sur la victimisation vers une approche qui reconnaît les migrants de retour comme des personnes capables d’agir et de faire des choix.
Cela ne signifie pas nier les traumatismes qu’ils ont subis.
Cela signifie refuser que le traumatisme devienne leur identité entière.
« Ils se bouchaient le nez »
Le témoignage d’Ewa a mis en évidence la question de la stigmatisation.
Elle a raconté être rentrée au Nigeria en 2017 et avoir rencontré des personnes qui se présentaient comme des humanitaires, mais qui traitaient les survivants avec discrimination.
Elle se souvenait de personnes qui se bouchaient le nez parce qu’elles pensaient que les survivants sentaient mauvais.
C’était un petit geste, mais pour elle, il représentait quelque chose de beaucoup plus important : l’humiliation qui peut accompagner le retour.
Au lieu d’être accueillis avec dignité, les survivants peuvent rentrer et faire face au jugement.
Certains se voient reprocher leur avidité.
D’autres s’entendent dire qu’ils n’auraient jamais dû partir.
Certains sont amenés à penser que les abus, l’exploitation ou la violence qu’ils ont subis étaient finalement de leur propre faute.
Pour les survivants, de telles attitudes peuvent aggraver le traumatisme plutôt que contribuer à sa guérison.
Ewa a également relaté des expériences au cours desquelles des organisations auraient conduit des migrants de retour dans des centres de réhabilitation sans consentement adéquat, limité leurs communications avec leurs familles et inscrit des personnes à des programmes de formation qu’elles n’avaient pas choisis.
Elle a expliqué avoir dû se battre pour obtenir sa propre libération avant de pouvoir retrouver sa famille.
Son témoignage soulève un principe fondamental pour les programmes de réintégration :
Le soutien ne doit jamais devenir une autre forme de contrôle.
Un système conçu sans les personnes qu’il prétend aider ?
Ara a décrit la réintégration comme un mécanisme pouvant être utilisé pour contrôler les migrants et renforcer le pouvoir plutôt que pour fournir le soutien promis.
Ido est allé plus loin, affirmant que le concept de réintégration peut permettre aux politiques migratoires européennes de se distancier des conséquences de ces politiques, tandis que la responsabilité est transférée aux gouvernements africains.
Sa critique reflète une préoccupation plus large exprimée lors du Forum au sujet de l’externalisation, c’est-à-dire le déplacement des responsabilités en matière de contrôle migratoire au-delà des frontières européennes.
Pour les participants, cela crée une séquence préoccupante.
La liberté de circulation est restreinte.
Les personnes se retrouvent bloquées ou détenues.
Elles rentrent dans des circonstances difficiles.
Elles reçoivent une aide limitée.
Leurs histoires sont ensuite utilisées pour décourager d’autres migrants d’entreprendre des voyages similaires.
Et tout cela peut être présenté comme une intervention réussie de réintégration.
Ife a résumé cette contradiction sans détour :
Après avoir restreint la liberté de circulation des personnes et les avoir renvoyées dans des circonstances difficiles, les institutions utilisent ensuite leurs expériences pour faire avancer des programmes de contrôle migratoire — et appellent cela la réintégration.
La réintégration doit commencer par l’écoute
Les participants nigérians au Forum social mondial ne rejetaient pas simplement l’aide.
Ils demandaient un autre type de soutien.
Un soutien qui commence par l’écoute.
Un soutien qui reconnaît que les migrants de retour ne sont pas tous identiques.
Un soutien qui ne suppose pas que tout le monde souhaite devenir entrepreneur.
Un soutien qui offre un accompagnement psychosocial parallèlement à l’aide économique.
Un soutien qui propose des formations significatives plutôt que des cours courts principalement conçus pour remplir des objectifs de programme.
Un soutien qui comprend un suivi à long terme.
Un soutien qui respecte le consentement et la liberté de choix.
Et surtout, un soutien qui permet aux migrants de retour de participer à la conception des interventions censées reconstruire leur vie.
L’argument des participants porte finalement sur la responsabilité.
Un programme de réintégration ne devrait pas être évalué simplement en fonction du nombre de personnes retournées, du nombre de bénéficiaires ayant reçu des aides, du nombre de participants à une formation ou du nombre d’entreprises créées.
Les questions les plus difficiles sont les suivantes :
La personne s’est-elle rétablie ?
L’entreprise a-t-elle survécu ?
A-t-elle trouvé un emploi significatif ?
Son état psychologique s’est-il amélioré ?
Sa famille et sa communauté l’ont-elles acceptée ?
A-t-elle repris le contrôle de sa vie ?
Et les conditions qui l’avaient poussée à migrer sont-elles toujours présentes ?
Si la réponse à ces questions est non, alors un retour a peut-être bien eu lieu — mais la réintégration reste incomplète.
La question que Cotonou laisse derrière elle
Le débat au Forum social mondial ne s’est pas conclu par un rejet de la réintégration.
Il exigeait plutôt que ce terme soit pris davantage au sérieux.
Pour Ude, la réintégration a échoué parce qu’une personne traumatisée a reçu un soutien insuffisant et a été censée créer une entreprise dans un domaine qu’elle ne connaissait pas.
Pour Rhoda, le terme « volontaire » mérite d’être examiné lorsque les personnes prennent des décisions dans un contexte de détention ou de pression extrême.
Pour Awe, le retour était un choix effectué sur fond de danger.
Pour Ido, les formations professionnelles courtes et les interventions économiques insuffisantes ne peuvent garantir l’indépendance promise par les programmes.
Pour Immaculate, la réintégration doit aller au-delà d’un simple programme d’aide pour englober la santé mentale, la famille, la communauté, l’emploi et la durabilité.
Pour Olu, les migrants ayant une expérience directe doivent avoir une place à la table des décisions.
Pour Ife, les migrants de retour ne doivent pas être réduits à des récits de souffrance servant les agendas d’autrui.
Pour Ewa, la dignité doit être au cœur de l’expérience du retour.
Et pour Ara, les rapports de pouvoir qui sous-tendent la réintégration doivent être affrontés.
Ensemble, leurs témoignages conduisent à une conclusion inconfortable :
Une personne ne peut pas être réintégrée simplement parce qu’elle a été renvoyée.
La réintégration n’est pas une valise remise à l’aéroport.
Ce n’est pas une subvention en espèces.
Ce n’est pas une formation professionnelle de trois mois.
Ce n’est pas une photographie d’un migrant de retour recevant du matériel.
Et ce n’est certainement pas une success story écrite avant que le migrant de retour ait eu la possibilité de reconstruire sa vie.
Une véritable réintégration doit signifier restaurer la capacité d’agir, la dignité, les opportunités, le sentiment d’appartenance et l’espoir.
Tant que ces éléments ne seront pas au cœur du processus, la question soulevée à Cotonou restera difficile à éluder :
Réintégration dans quoi ?