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Comment le FSM a changé la perception des participants sur la migration

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Pour nombre de Nigérians ayant participé au Forum social mondial (FSM) qui vient de s’achever à Cotonou, au Bénin, l’expérience a été bien plus qu’un rassemblement international d’activistes, d’organisations de la société civile, de chercheurs et de défenseurs des droits des migrants.

Pour un groupe de Nigérians de retour au pays, organisé au sein du Network of People with Migration Experience, qui a pris part au programme, ce fut un moment de remise en question.

Ce fut l’occasion d’écouter des voix venues de différentes régions du monde et, peut-être surtout, de remettre en question certaines idées qu’ils avaient auparavant sur la migration, les migrants et les politiques conçues pour contrôler la mobilité humaine.

Au fil des discussions sur les expulsions, l’externalisation des frontières, la criminalisation, la traite des personnes, le changement climatique, la réintégration et les droits des migrants, les participants ont découvert une compréhension plus large de la migration — une approche qui place la dignité humaine et les expériences vécues au centre.

Pour certains, le Forum a confirmé ce qu’ils pensaient déjà. Pour d’autres, il a entraîné un changement de perspective inconfortable, mais nécessaire.

Des statistiques aux personnes

L’une des leçons les plus fortes tirées de l’expérience des participants est que les migrants doivent être considérés comme des êtres humains plutôt que comme de simples statistiques, des sujets de politiques publiques ou des questions de sécurité.

Purity Franca Onikoliase, une défenseure des droits et du bien-être des migrants et des personnes de retour au pays, a décrit le Forum comme une « expérience significative et transformatrice ».

Elle a expliqué que les discussions l’avaient aidée à comprendre que la migration ne se résume pas au déplacement d’un pays à un autre.

Elle concerne également les droits humains, la dignité, la protection, la famille, les moyens de subsistance et la justice sociale.

Selon elle, le Forum a réuni des migrants, des personnes de retour au pays, des survivants, des organisations de la société civile, des défenseurs des droits et d’autres parties prenantes, permettant aux participants de découvrir des expériences souvent absentes des statistiques officielles et des documents de politique publique.

Ce même principe a trouvé un écho chez Alia Joke Oreoluwa, qui est rentrée de Cotonou avec la conviction renforcée que les migrants ne devraient pas simplement être des sujets dont d’autres parlent.

« Les migrants doivent être impliqués dans la conception des politiques, des programmes et des solutions qui affectent leur vie », a-t-elle déclaré, soulignant que les solutions doivent être fondées sur les expériences réelles et les besoins des personnes concernées.

Pour elle, le message était simple : rien concernant les migrants ne devrait être fait sans les migrants.

Repenser la signification de la « migration irrégulière »

Pour certains participants, l’impact le plus important du Forum a peut-être été la remise en question des récits traditionnels sur la migration irrégulière.

Rita Abu est arrivée au Forum avec une compréhension largement façonnée par son travail auprès des migrants de retour. Son attention avait souvent porté sur la sensibilisation aux dangers de la migration irrégulière — la traite des personnes, l’exploitation, les décès dans le désert ou en mer et d’autres risques rencontrés le long des routes migratoires.

Elle encourageait les personnes à emprunter des voies plus sûres et régulières lorsqu’elles étaient disponibles.

Mais Cotonou l’a amenée à poser une question différente.

Pourquoi les gens empruntent-ils des routes dangereuses en premier lieu ?

Cette question a déplacé l’attention de la décision du migrant vers les conditions qui entourent cette décision.

Abu a déclaré avoir commencé à comprendre que la migration en elle-même n’est pas nécessairement le problème. Les êtres humains ont toujours migré à la recherche d’un emploi, d’une éducation, du regroupement familial, de la sécurité et de meilleures opportunités.

Ce qui mérite un examen plus approfondi, a-t-elle compris, ce sont les politiques et les systèmes de contrôle des frontières qui peuvent rendre la migration de plus en plus difficile et, dans certaines circonstances, plus dangereuse.

Cette expérience lui a laissé une question qui continue de la préoccuper :

Pourquoi la migration sûre est-elle devenue si difficile que des personnes sont prêtes à risquer leur vie pour se déplacer ?

Au-delà de la définition européenne

Ejike Ezeonyido a lui aussi décrit le Forum comme une occasion d’aller au-delà de ce qu’il considérait auparavant comme l’interprétation européenne dominante de la migration.

L’expérience a élargi ses connaissances sur la migration et les droits des migrants, en l’exposant aux travaux d’experts et d’activistes venus de différentes régions du monde.

Il a également découvert plusieurs groupes de travail consacrés à la migration et examinant des questions telles que l’externalisation, la criminalisation, les expulsions, les décès et les disparitions, ainsi que le changement climatique et la migration.

Plus révélateur encore, il est parvenu à une prise de conscience personnelle : sans le savoir, il faisait la promotion de ce qu’il a décrit comme une « migration MADE IN EUROPE ».

Selon lui, le Forum lui a donné les moyens de participer aux discussions sur la migration en tenant compte de différents contextes et perspectives.

Ce changement — passer de l’acceptation des récits dominants à leur remise en question — a également été souligné par Chylian Ify Azuh.

Azuh a déclaré que le Forum lui avait apporté « des connaissances critiques, des connexions transnationales et de la solidarité », tout en approfondissant sa compréhension des rapports de force qui entourent la migration.

Elle a découvert des perspectives qui allaient au-delà des discussions familières sur la migration sûre et irrégulière, la traite, le retour et la réintégration.

Les discussions sur la liberté de circulation, l’externalisation des frontières et la criminalisation de la migration ont remis en question sa compréhension antérieure.

Plus important encore, elle a commencé à poser des questions difficiles sur la manière dont les récits sur la migration sont construits.

Qui et qu’est-ce qui est responsable de la vulnérabilité des migrants ?

Qui définit le problème et la solution ?

Et quelles sont les conséquences de ces solutions ?

Pour Azuh, le Forum n’a donc pas été simplement une expérience éducative. Il est devenu un moment de réflexion sur son propre rôle dans la construction des récits sur la migration et un appel à agir de manière plus délibérée contre la désinformation et ce qu’elle décrit comme la corruption dans le secteur de la migration.

Quand les frontières dépassent les frontières

La question de l’externalisation est revenue à plusieurs reprises dans les réflexions des participants.

Yaramola Blessing est arrivée au Forum avec l’idée que la lutte autour de la migration était essentiellement une confrontation entre l’Europe et l’Afrique — ou entre les Blancs et les Noirs.

Cotonou a changé cette perception.

Elle y a rencontré des personnes de différents pays, communautés et milieux qui s’organisaient également pour défendre les droits des migrants et la justice.

Cette découverte lui a donné le sentiment que cette lutte n’était pas limitée à l’Afrique ou à des activistes individuels. Elle faisait partie d’un mouvement mondial plus vaste.

Les discussions l’ont également aidée à mieux comprendre les questions qu’elle se posait depuis des années sur les politiques migratoires, le contrôle des frontières et l’approche de l’Union européenne en matière de migration.

Les sessions consacrées aux frontières, aux limites territoriales et à l’externalisation lui ont fourni un cadre pour comprendre comment les systèmes de contrôle migratoire fonctionnent au-delà des frontières géographiques de l’Europe et comment leurs effets se font sentir dans les pays africains.

Elle a également approfondi sa compréhension de la xénophobie, reconnaissant que l’hostilité envers les migrants n’est pas uniquement alimentée par les préjugés individuels, mais peut aussi être influencée par la politique, les mesures gouvernementales, la désinformation et la peur.

Le résultat a été un sentiment plus fort de détermination.

Blessing a déclaré être rentrée avec de meilleures connaissances, un vocabulaire plus approprié et davantage de confiance pour défendre la justice migratoire, la réintégration et les droits des survivants.

Expulsion, retour et question de la dignité

Le Forum a également contraint les participants à se confronter aux expériences de personnes qui ont déjà effectué le parcours migratoire et sont revenues — volontairement ou à la suite d’une expulsion.

Pour Udekwe Kennedy Obinna, l’un des aspects les plus révélateurs du Forum a été d’en apprendre davantage sur les structures d’expulsion en Europe et sur le rôle d’agences telles que Frontex.

Il a déclaré que les discussions avaient mis en évidence des lacunes qui nécessitent un engagement accru des organisations de la société civile et des acteurs gouvernementaux dans les pays concernés.

Selon lui, un tel engagement est nécessaire pour identifier les failles, soutenir les organisations locales et donner davantage de visibilité aux expériences des victimes, des migrants potentiels et des survivants.

Mais la leçon la plus importante pour lui a peut-être été la nécessité de remettre en question la présentation des personnes expulsées et de retour comme des criminels.

Les personnes de retour, a-t-il souligné, ne devraient pas être automatiquement considérées sous l’angle de l’échec, de l’illégalité ou de la criminalité.

Leur dignité et leur confiance doivent être restaurées.

Cela nécessite un soutien psychosocial, des programmes de réintégration plus solides et une reconnaissance plus large du fait que les migrants de retour sont des personnes dont la vie, les aspirations et les expériences se poursuivent au-delà de la fin de leur parcours migratoire.

Connaissances, réseaux et inspiration renouvelée

Au-delà des débats sur les politiques et des discussions critiques, le Forum a également créé quelque chose d’aussi important : des relations.

Aah Esther a déclaré être rentrée avec trois acquis majeurs — des connaissances, de nouveaux réseaux et de l’inspiration.

Écouter les mouvements venus de différentes régions du monde a élargi sa compréhension de la manière dont les populations luttent pour la justice et soutiennent la réintégration.

Le Forum l’a également mise en contact avec des organisations avec lesquelles des partenariats pourraient éventuellement être développés.

Mais sa principale leçon personnelle a été le rappel que le travail des défenseurs des droits des migrants est important.

« Au-delà des stéréotypes liés à la narration se trouve notre expertise », a-t-elle déclaré.

Ce sentiment de solidarité a été partagé par d’autres participants, qui ont raconté avoir rencontré des activistes et des organisations ayant consacré des années à contester des politiques qu’ils considèrent comme préjudiciables aux migrants.

Pour beaucoup, constater que ce travail était mené dans plusieurs pays a transformé ce qui aurait pu être une lutte accablante en un combat partagé.

La migration nécessite des solutions régionales

Tobi Ayediran a ramené la discussion à une réalité fondamentale : la migration ne s’arrête pas aux frontières nationales.

Sa principale leçon du Forum est que la migration ne peut être traitée par un seul pays.

Il s’agit d’une question régionale qui nécessite une coopération transfrontalière, particulièrement en Afrique de l’Ouest.

La migration est étroitement liée au chômage, à la pauvreté, à l’insécurité, au changement climatique, à la traite des personnes, à l’exploitation et à la recherche de meilleures opportunités. Par conséquent, les réponses doivent aller au-delà du contrôle des frontières et s’attaquer aux circonstances qui façonnent les décisions des personnes de migrer.

Ayediran a également souligné la nécessité de créer des voies de migration sûres, de protéger les droits des migrants, de prévenir la traite des personnes et de garantir une réintégration durable aux personnes de retour.

Au cœur de toutes ces interventions, a-t-il déclaré, doit se trouver la personne.

Derrière chaque statistique migratoire se trouve un être humain avec une histoire, une dignité et des aspirations.

De Cotonou à l’action

Le résultat le plus important du Forum social mondial ne sera peut-être finalement pas ce que les participants ont appris à Cotonou, mais ce qu’ils feront de ces connaissances une fois rentrés chez eux.

Leurs réflexions révèlent un mouvement commun : passer de la simple discussion sur la migration à une remise en question de la manière dont la migration est abordée.

Ils sont repartis avec un nouveau vocabulaire pour analyser l’externalisation et le contrôle des frontières. Ils ont découvert des réseaux internationaux de solidarité. Ils ont été amenés à repenser leurs idées sur la migration irrégulière, les expulsions et les retours. Et ils se sont rappelé que les migrants eux-mêmes doivent avoir voix au chapitre dans les politiques qui façonnent leur vie.

Pour certains, le Forum a confirmé des convictions déjà établies. Pour d’autres, il a bouleversé des idées longtemps ancrées.

Mais une prise de conscience commune se dégage de leurs expériences : la migration est trop complexe pour être réduite aux frontières, aux statistiques ou aux avertissements concernant les dangers des parcours migratoires.

Elle concerne les personnes.

Des personnes qui se déplacent à la recherche d’opportunités, de sécurité, de leur famille et de dignité.

Des personnes qui affrontent des risques en chemin.

Des personnes qui sont renvoyées et doivent reconstruire leur vie.

Et des personnes dont la voix doit être entendue lorsque les gouvernements et les organisations élaborent les politiques qui déterminent comment, où et dans quelles conditions elles peuvent se déplacer.

Les conversations de Cotonou sont peut-être terminées, mais les questions qu’elles ont suscitées demeurent.

Si la migration est une réalité humaine, les politiques migratoires peuvent-elles être véritablement efficaces sans placer les personnes au centre ?

Et si les défis auxquels les migrants sont confrontés dépassent les frontières, les solutions peuvent-elles rester confinées à l’intérieur de celles-ci ?

Pour les participants réunis à Cotonou, la réponse semble de plus en plus claire : la migration ne s’arrête pas aux frontières ; la solidarité, la responsabilité et la quête de justice ne devraient donc pas s’y arrêter non plus.

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