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Au-delà de l’étiquette de victime : des Nigérians transforment la scène en déclaration de dignité au Forum social mondial

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Ce qui avait commencé comme une représentation théâtrale au Forum social mondial de Cotonou s’est terminé par quelque chose de bien plus puissant que de simples applaudissements pour un groupe de Nigérians de retour au pays, organisé au sein du Network of People with Migration Experience (Réseau des personnes ayant une expérience de la migration).

Le public s’est levé pour saluer et applaudir l’extraordinaire prestation de ce groupe d’artistes particulièrement talentueux.

Pour les membres du groupe, dont les vies ont été façonnées par la migration, le retour, la survie et la lutte pour se reconstruire, cette ovation debout n’était pas seulement une reconnaissance de leur performance théâtrale. Elle constituait également une reconnaissance d’un message qui exigeait d’être entendu : les survivants et les personnes de retour ne sont pas simplement des histoires à raconter. Ils sont des experts, des leaders et des voix essentielles pour élaborer les solutions qui concernent leur vie.

La pièce s’est attaquée à l’un des stéréotypes les plus persistants concernant les migrants et les survivants : l’idée selon laquelle la vulnérabilité les définirait. Ce n’est pas le cas.

À travers l’expression artistique, les comédiens nigérians ont interpellé les institutions, les organisations et les autres acteurs qui, historiquement, ont parlé au nom des personnes de retour et des survivants, tout en les reléguant à la marge de la prise de décision.

Leur message était sans compromis : ne nous invitez pas simplement à raconter nos histoires. Invitez-nous à la table.

Transformer l’expérience vécue en expertise

Pour Ejike, la représentation constituait une protestation délibérée contre les différents groupes qui ont négligé ou marginalisé les personnes de retour et les survivants.

Mais elle représentait également un moment pédagogique.

La pièce invitait le public à repenser sa manière de considérer les survivants — non pas simplement comme des bénéficiaires d’interventions, mais comme des personnes dont les expériences vécues leur ont apporté des connaissances qui ne peuvent être acquises uniquement à travers des rapports, des statistiques ou des documents de politique publique.

« Nous possédons une expertise fondée sur l’expérience vécue », tel était le cœur du message.

Même les T-shirts portés par les comédiens faisaient partie de la protestation. Les inscriptions tournaient en dérision les étiquettes que la société et les institutions ont imposées aux survivants et aux personnes de retour, retournant ces étiquettes contre elles-mêmes et affirmant que ceux qui les ont autrefois portées comprennent désormais leur propre réalité différemment.

L’invitation était claire : travaillez avec nous au-delà du simple récit. Reconnaissez-nous comme des experts parce que nous avons vécu cette expérience.

Briser le stéréotype de la vulnérabilité

Esther a mis en lumière un autre thème central de la représentation : le rejet de l’idée selon laquelle les survivants seraient définitivement vulnérables et, par conséquent, incapables d’assumer des responsabilités de leadership.

La pièce s’est attaquée au fait de rendre les victimes responsables de ce qui leur est arrivé et à la tendance à considérer les migrants principalement à travers le prisme de ce qu’ils ont subi.

Mais une expérience d’exploitation, de déplacement, de migration irrégulière ou de survie n’efface ni les talents, ni l’intelligence, ni les capacités de leadership d’une personne.

Au contraire, ont fait valoir les comédiens, ces expériences peuvent devenir un atout.

Leur connaissance est ancrée dans la réalité. Leurs points de vue sont façonnés par ce que les politiques et les programmes tentent souvent de traiter à distance.

L’expérience n’est pas une faiblesse. C’est une expertise.

« Rien sur nous sans nous »

La réflexion de Chylian sur la pièce a renforcé le défi le plus provocateur de la représentation : qui a le droit de définir le débat sur les migrants ?

Les comédiens ont rejeté les rapports de pouvoir qui réduisent les expériences vécues des migrants à des histoires poignantes tout en les excluant des espaces où les décisions sont prises.

Le récit, ont-ils soutenu, ne peut pas se substituer à une véritable participation.

Cette distinction est essentielle.

Un survivant peut être invité à une conférence, recevoir un microphone et être invité à raconter un parcours douloureux — tout en n’ayant aucune influence réelle sur le programme, la politique ou l’intervention discutée.

Les comédiens nigérians ont précisément contesté ce type d’inclusion symbolique.

Leur message était simple : nous refusons d’être inclus dans des espaces créés en notre nom sans notre participation.

« Nous portons les chaussures et nous savons où la douleur est la plus forte. »

Ils veulent donc plus que de la compassion. Ils veulent un espace pour définir leurs revendications, participer à la prise de décision et déterminer ce que devrait être une solidarité véritable et significative.

La réintégration doit restaurer la dignité

Pour Blessing, la pièce a également remis en question le sens de la réintégration.

Le retour au pays ne devrait jamais signifier l’abandon de ses droits, de sa liberté ou de sa dignité.

Une véritable réintégration, ont soutenu les comédiens, doit reposer sur des choix éclairés, le respect, les liens familiaux, un soutien psychosocial et des possibilités correspondant réellement aux aspirations des survivants — plutôt que sur des programmes conçus pour eux sans leur participation.

C’est à ce moment que la représentation est allée au-delà du théâtre pour devenir une véritable déclaration de plaidoyer.

La réintégration ne consiste pas simplement à ramener quelqu’un chez lui.

Elle consiste à créer les conditions permettant à cette personne de reconstruire sa vie dans la dignité et selon ses propres choix.

Et cela ne peut se produire lorsque les survivants sont traités uniquement comme des bénéficiaires d’une assistance.

Leurs voix doivent être au centre du processus.

L’ovation était elle aussi un message

Lorsque la représentation s’est achevée et que les participants venus du monde entier se sont levés pour applaudir, le moment a pris une dimension qui dépassait le succès des artistes nigérians.

L’ovation debout semblait indiquer que le message avait franchi les frontières.

Sur une scène à Cotonou, les comédiens avaient remis en question tout un système de pensée : l’idée selon laquelle ceux qui ont souffert devraient rester enfermés dans leur identité de victimes ; l’idée selon laquelle les professionnels et les institutions savent toujours mieux ; et l’idée selon laquelle raconter l’histoire d’un survivant revient à lui donner une voix.

Les Nigérians ont proposé une vision différente.

Une vision dans laquelle les survivants ne sont pas définis par leurs blessures.

Une vision dans laquelle les personnes de retour ne sont pas réduites à des statistiques.

Une vision dans laquelle l’expérience vécue est reconnue comme une forme légitime d’expertise.

Une vision dans laquelle le leadership n’est pas réservé à ceux qui n’ont jamais emprunté les chemins difficiles dont ils parlent.

Et une vision dans laquelle les personnes les plus touchées par les politiques migratoires et les programmes de réintégration jouent un rôle décisif dans leur conception.

La représentation a ainsi laissé au public une question difficile à écarter :

Si des décisions sont prises à notre sujet, pourquoi ne devrions-nous pas être ceux qui contribuent à les prendre ?

La réponse des comédiens nigérians était sans équivoque.

Rien sur nous sans nous.

Au-delà de l’étiquette de victime se trouve un être humain doté de compétences, de connaissances, de talents, d’aspirations et de capacités de leadership.

Au-delà du récit se trouve un expert.

Au-delà de la survie se trouve la possibilité.

Et au-delà des applaudissements se trouve une exigence de participation véritable et significative.

Je peux aussi l’adapter dans un style plus journalistique et percutant, avec un titre, un chapô et des paragraphes plus courts pour publication dans un média.

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